Wok multilingue


Dans le cadre de Bordeaux 2013, le « WoK en travaux » propose la création d’un WoK spécifique pour explorer les idées que les Européens se font les uns des autres et mettre au service des artistes et chercheurs européens cette cartographie sensible et dynamique d’une sorte d’état subjectif de l’union.

• Le WoK est un instrument numérique multimédias qui génère des objets son, image et texte autour de critères premiers. C’est un outil d’exploration, de collaboration et de création autour de nos associations mentales, qu’elles soient linguistiques, visuelles ou sonores.

 •  Une proposition de réalisation

À partir de ces outils, l’association le WoK en travaux se propose de développer un WoK des Zutopies d’Europe.   

  • Dimension inter-régioniale

Les populations européennes participent à la création et l’enrichissement des dictionnaires utilisés en 2013. Elles deviennent les acteurs de l’instrument artistique utilisé en 2013. 

  • Novations linguistiques dans les rapports aux objets

Les artistes (intervenants culturels, écoles d’art, écrivains, poètes) et les scientifiques (chercheurs, étudiants) européens des villes concernées participent à l’élaboration des outils de traitement des données et leur utilisation. Ils deviennent les créateurs/acteurs de l’instrument artistique utilisé par  tous les européens via Internet en 2013.

Le travail d’apport des données ainsi que les recherches scientifiques et artistiques débute dès 2008/2009 et se poursuit jusqu’en 2013.

Le WoK, ses dictionnaires et ses outils de traitement des données, sera mis à disposition des artistes et tout intervenant culturel des villes concernées.

 

Pertinences et utilités des matériaux et outils issus du WOK

Grâce à Internet, les outils linguistiques, l’enrichissement et l’indexation des données (sons, images et textes) sont en perpétuelle évolution, permettant des analyses de plus en plus ciblées. A terme, le WOK devient objet de rapprochement des populations autour de critères premiers au-delà des fractures linguistiques.

Les investissements financiers et humains sont amortis rapidement et de façon exponentielle  (effet de diffusion et de massification du Net) et largement rentabilisés :

Pour les régions : mise à disposition d’un outil linguistique/statistique novateur et puissant.

Pour les artistes : une banque de données de matériaux subjectifs en continuelle évolution et les outils permettant des recherches artistiques à partir de cette matière commune.

Pour chacun, le WOK permet grâce à la mondialisation du Net un rayonnement médiatique  international.

WoK multilingue

Enfin et surtout, pour les populations participant du projet, un instrument d’ouverture à l’art, de découverte et de rapprochement de l’autre.

 • Au-delà de Bordeaux 2013, le WoK représente :

  • un outil d’analyse novateur qui permet une meilleure compréhension des choix intersubjectifs et des interactions humaines.
  • un creuset d’échange et d’ouverture entre les cultures qui associe à la diversité linguistique les données plus spontanément partagées

de l’image et du son.

  • un instrument pédagogique exceptionnel pour la découverte artistique, linguistique et culturelle.
  • un catalyseur de création et de recherches à partir d’un matériau intersubjectif, interculturel et intermédiatique en constante évolution.
  • Un outil d’indexation novateur : moteur de recherche ‘’sensitif’’

Hélène Perrin : Maître de conférences en littérature et photographie américaines contemporaines

Par la simplicité d’un fonctionnement fondé sur son système de choix commun à tous, le Wok permet à la fois d’explorer les différences linguistiques et d’échanger au-delà de ces différences.

Mis à la disposition des enfants des écoles, il devient un outil pédagogique de découverte et de connaissances réciproques, un véritable laboratoire d’incubation de la citoyenneté européenne.

Mis à la disposition des artistes, il offre à la création linguistique, visuelle, sonore ou multimédia, le matériau riche et mouvant des imaginaires croisés de tous les participants.

Mis à la disposition des chercheurs, il permet de développer des partenariats européens autour de la recherche fondamentale et appliquée en cognition, linguistique, statistique, indexation numérique.

Quelques pistes de recherches :

Rapports intralinguistiques 

La libre association de mots à certaines qualités fondamentales (les critères) crée autour d’elles des nuages sémantiques qui s’étoffent au fur et à mesure des participations.

Les subjectivités ne sont pas seulement combinées mais croisées puisque chaque mot d’abord associé à un critère est ensuite pondéré par d’autres personnes et par rapport à l’ensemble des critères. Il me semble intéressant d’explorer la cartographie mouvante de ces nuages linguistiques, les rapports intersubjectifs qui s’y nouent et dénouent, la question du lien qui unit cette éphémère expression d’un inconscient collectif à la structure sémantique d’une langue. Cette épaisseur affective, stratifiée des mots est la matière même des poètes, qui la creusent pour la rendre visible, mais aussi des manipulateurs d’opinion qui la taisent à la conscience pour mieux en jouer. À l’heure où l’on cherche à mettre au point des langues suffisamment pauvres et univoques pour que des machines puissent les traduire, où les analyses critiques de Nietzsche, Krauss, Orwell, Klemperer, ou, plus récemment, Hazan sont plus que jamais pertinentes, le wok offre un espace de réflexion poïétique et politique sur les idéologies qui se donnent comme naturelles, inévitables, factuelles et transparentes.

Rapports inter linguistiques 

Les langues n’ont pas les mêmes découpages sémantiques, les mots n’ont pas les mêmes extensions conceptuelles. Développer et faire fonctionner le WoK dans différentes langues c’est se donner la possibilité de sonder le travail d’une langue propre à l’œuvre dans la constitution collective d’objets ou de configurations, d’éprouver concrètement les thèses de Sapir et Whorf sur la prégnance cognitive des structures linguistiques dans nos façons de faire et de découper des mondes, celles de Lakoff et Johnson sur ces « métaphores qui nous font vivre » ; de rechercher les invariants et mettre à l’épreuve les utopies toujours réactivées d’un langage universel (Lulle, Leibniz, Mallarmé, Benjamin…); de nous interroger sur les relations de la syntaxe et de la sémantique, sur la thèse d’un sémantisme fort dans les langues indo-européennes et la question de la validité d’une même modélisation pour toutes les langues ; de faire des expériences concrètes, à la manière de David Bohm (le rheomode) ou de Jim Rosenberg (l’hypertextualisation au cœur de la langue), sur ce que des changements de structure linguistique peuvent induire comme changements cognitifs.

Rapports inter médiaux 

Dans une culture où, même si le verbe n’est plus religieux, la prégnance des structures linguistiques reste telle que, pour beaucoup, il est inenvisageable de penser autrement qu’en mots, il me semble intéressant d’observer le croisement horizontal de différents modes d’appréhension, visuel, sonore et linguistique. Comment s’articulent-ils ? Leur articulation est-elle semblable dans différentes aires linguistiques ? Ces articulations reflètent-elles l’hégémonie plus ou moins tue d’un mode de pensée linéaire, identitaire, hiérarchisé et téléologique dans notre culture ? Est-il possible que les critères eux-mêmes deviennent visuels ou sonores ? En quoi cela peut-il modifier le fonctionnement de l’objet ?

Toutes ces questions linéarisées pour la commodité d’un exposé linguistique sont bien entendu liées et interdépendantes.