Potentiels scientifiques et artistiques


Articles écrits par différents acteurs scientifiques et artistiques lors de la demande de subvention et l’appel à projet  »Bordeaux 2013 »

Bien que ces articles soient maintenant datés ils sont toujours d’actualité et mettent en avant l’effort produit par toute une équipe pour développer l’outil.

 

1- EN MATIERE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE

Pour illustrer les potentiels scientifiques du WoK, nous proposons des réflexions menées par :

Jessica Fèvres : Post-doctorante en HistoireHélène Perrin : Maître de conférences en littérature et photographie américaines contemporainesGaëlle Encrenaz : Post-doctorante en épidémiologie Véronique Lespinet-Najib, Maître de Conférences en psychologie et neuropsychologie. (IDC)Jean-Yves Rotgé, Psychiatre, doctorant en neurosciences

Le travail, l’exercice de l’intelligence et la recherche scientifique en histoire ne se conçoivent plus sans un appareillage informatique de plus en plus performant, de plus en plus sophistiqué et de plus en plus mouvant.

Mais si ces systèmes informatiques bouleversent les dispositifs cognitifs et informationnels dont dispose la communauté de chercheurs, peuvent-ils à l’inverse nous faire pénétrer au cœur des phases « psychiques » d’élaboration d’un savoir, d’une connaissance historique ?

JESSICA-FEVRE

La pensée humaine,  même par la science la plus épurée et la plus expérimentale, n’atteint jamais son objet de connaissance tel qu’il est en lui-même mais seulement tel qu’elle se le fait apparaître, en une reformation de cet objet selon les moyens inhérents à cette pensée.

Ainsi, la recherche en histoire se construit sur la rencontre d’une triple culture : culture indiciaire, des vestiges archéologiques, culture textuelle, rassemblant tout « texte » produit par la créativité humaine et culture mnésique, investie dans la mémoire non écrite, spontanée et pragmatique des collectivités et des individus qui les composent.

Ce que Thierry Lahontâa évoque sous le terme de « conscient collectif ».

En nous permettant de déchiffrer la part de cette culture mnésique dans nos représentations historiques, le Wok ouvre des questionnements épistémologiques et historiographiques féconds.

Après avoir redéfini les critères de notation, envisageons une communauté d’historiens, confrontée aux théories de telle école historique, décortiquant celles-ci en un certain nombre de critères comme autant de représentations psychiques, en les notant ; alors cette même communauté non seulement pourra construire de nouvelles théories, mais surtout sera en mesure de mieux percevoir ce qu’elle-même transpose dans ses propres thèses…

– Découvrir la thèse de Jessica Fèvres –

 

 

WoK multilingue

Par la simplicité d’un fonctionnement fondé sur son système de choix commun à tous, le Wok permet à la fois d’explorer les différences linguistiques et d’échanger au-delà de ces différences.

Mis à la disposition des artistes, il offre à la création linguistique, visuelle, sonore ou multimédia, le matériau riche et mouvant des imaginaires croisés de tous les participants.Mis à la disposition des enfants des écoles, il devient un outil pédagogique de découverte et de connaissances réciproques, un véritable laboratoire d’incubation de la citoyenneté européenne.

Mis à la disposition des chercheurs, il permet de développer des partenariats européens autour de la recherche fondamentale et appliquée en cognition, linguistique, statistique, indexation numérique.

Voir le projet de wok multilingue

– En savoir plus sur l’auteur de l’article – Hélène Perrin 

 

 

 

Le « WOK », un outil statistique

Je fais de la recherche en épidémiologie. Elle peut être définie comme l’étude de la répartition des problèmes de santé dans des populations et des déterminants de ces problèmes de santé dans le but d’élaborer des stratégies de prévention. Pour répondre aux objectifs de l’épidémiologie, nous utilisons entre autres des outils statistiques. Je me suis donc tout d’abord intéressée au projet « le WOK » pour les questions qu’il soulevait sur la notion d’aléatoire. Nous analysons également des données recueillies grâce à différents outils (questionnaires, échelle de mesure, prélèvements biologiques, entretiens…). Le « WOK » pourrait être utilisé comme un outil de recueil de données.

Des applications dans le domaine de la santé mentale 

Depuis mon DEA, je me suis spécialisée dans l’épidémiologie appliquée aux problèmes de santé mentale. Mon doctorat portait sur le lien entre les troubles anxieux et dépressifs, les consommations de substances psychoactives (comme l’alcool) et le recours au soin en santé mentale. Actuellement, je mets en place des projets de recherche sur les conduites suicidaires de l’adulte, phénomène très lié aux troubles mentaux.

Le « WOK » fonctionne à partir de critères subjectifs représentant le ressenti, qui peut être affecté par certaines pathologies mentales. Le « WOK » pourrait être utilisé pour comparer différents profils cliniques. On pourrait, par exemple l’utiliser pour comparer des personnes atteintes d’une pathologie mentale à des personnes témoins afin de mettre en évidence des différences quant à leur manière de jouer ou de noter. Si des différences significatives sont mises en évidence, il serait alors envisageable de l’utiliser comme tests de dépistage de certaines pathologies. En effet, le « WOK » a l’avantage d’être simple d’utilisation et de permettre de recueillir rapidement des informations. De tels travaux permettraient également de définir des pistes de réflexion sur l’utilisation du « WOK » comme support pour l’art-thérapie.

 

-En savoir plus sur l’auteur de l’article : Gaelle Encrenaz

Vlnajib

« Actuellement un des grands débats en sciences cognitives tourne autour de la question du sens et des représentations :

Qu’est-ce qui donne sens ?

Comment se fait-on une représentation de ce qu’on voit, entend ?

Quelles sont les différences entre représentations individuelles et représentations collectives ?

Autant de questions qui se révèlent complexes à mettre en oeuvre et à étudier.

Le wok nous apparaît pertinent et peut se révéler être un véritable « laboratoire de recherche » permettant de tester et de répondre aux questions théoriques.

Par exemple, il serait intéressant d’utiliser le wok sans base de données, et de demander à des groupes sociaux différents (étudiants, séniors, etc.) de faire vivre et alimenter le wok pendant une durée donnée, une semaine par exemple et ensuite d’étudier les similitudes et les différences au niveau des représentations et aux liens entre image-son-texte.

Ceci est juste un exemple parmi de nombreuses possibilités que peut nous offrir le WoK en recherche en Sciences Cognitives. »

-En savoir plus sur l’auteur de l’article : Véronique Lespinet-Najib

Je propose de travailler autour de programmes qui étudieraient grâce au wok les émotions simples et mixtes à partir d’une évaluation préalable de l’état émotionnel des joueurs.

Brièvement, le joueur pourrait choisir une ou des émotions ainsi que  leur intensité grâce au WoK (bonheur, colère, frustration, haine, peur, joie, tristesse, par exemple).

L’intérêt du questionnaire  préalable au jeu est de pouvoir mettre en relation l’état émotionnel  et le « choix émotionnel » du joueur.

L’hypothèse est que la valence  (positive ou négative) de l’état émotionnel influe sur notre capacité  à « recevoir » des émotions simples ou mixtes.

En clair, un joueur  triste choisira une seule émotion alors qu’un joueur joyeux ira plus facilement vers un « mélange émotionnel ».

– En savoir plus sur l’auteur de l’article : Jean-Yves Rotgé –

2- EN MATIERE ARTISTIQUE

Pour illustrer les potentiels artistiques du WoK, nous proposons des réflexions menées par :

Thierry LahontâaKenma Shindo, Compositeur

« Il semble qu’aujourd’hui, grâce au WOK, les conditions sont enfin réunies pour mener à bien une expérience commune qui soulève des problématiques vertigineuses.

Quand chacune des personnes de la communauté du WOK investit en toute conscience le champ de ses critères sensibles pour fabriquer, noter, modérer, c’est bien avec la conscience sensible de la communauté qu’il joue.

Les pratiques pluridirectionnelles et pluridimensionnelles que propose le WOK, transforment la réalité artistique et exigent des redéfinitions radicalement révolutionnaires quant aux idées, aux attentes et aux expériences à propos de l’art. Il ne s’agit plus d’écriture automatique ou de collage surréaliste, ni d’envisager l’inconscient comme une porte magique ouvrant sur une vie parallèle, mais de plonger dans une dimension beaucoup plus mystérieuse : le conscient collectif.

Ainsi grâce à l’apport de chacun, le champ des matériaux est élargi à l’infini.

Tout élément existant, quelque soit son statut, ses propriétés, ses fonctions, peut désormais être intégré au processus de construction de l’œuvre. Le règne des matières nobles est malmené. Les critères habituels (imitation, harmonie, beauté, etc.) de reconnaissance et d’évaluation de l’art sont mis à l’épreuve.

Comme le souhaitait Baudelaire, les artistes du WOK « plongent » au cœur du « magasin d’images et de signes » offert par le réel.

La multiplicité et les différences des participants font apparaître des objets imprévisibles. Leurs auteurs sont à l’origine d’accouplements et de heurts qui brutalisent notre perception dogmatique de la réalité établie. Ils nous font éprouver l’ivresse et le vertige d’« aventureux voyages » où nos sensations sont mises à l’épreuve d’une sensation collective. Cette quête jubilatoire des possibles, ce plaisir pris à parier sur notre propre « normalité », modifient nos manières de voir, de sentir, de penser, tout simplement d’exister.

ThierryLahontaa2

L’OUTIL (L’ARTWoK)

Il paraîtrait naturel, vu la base de données que constitue le WOK que des artistes puissent s’en servir comme d’un outil de création à part entière. Certaines des images peuvent en effet constituer la base ou le terreau pour une œuvre à venir.

Ils devraient pouvoir, pour se l’approprier, procéder à certains réglages.

Pour qu’une image puisse tenir debout, porte un propos, il est nécessaire que l’artiste puisse établir des tensions chromatiques, des équilibres, focaliser sur certains points, en atténuer d’autres… Il doit pouvoir investir l’image, en faire une entité équilibrée.

Pour se faire, des outils pourraient être mis au point qui permettraient de jouer sur les disparités des sous objets ou au contraire sur un étalonnage de l’image, sur les intensités, les saturations, les contrastes…

Grâce à certaines finesses de réglage, il deviendrait aussi possible d’élaborer des projets spécifiques :

Imaginons l’œuvre peinte d’un même artiste ainsi décortiquée en sous objets ; objets, personnages,paysages, premiers plans, ciels, formes abstraites, tout un vocabulaire soumis à la notation de la communauté du WOK.

Il serait alors concevable de construire selon des critères propres à cet artiste de nouvelles œuvres.

Imaginons un type de peinture répondant à une construction récurrente de formes, où l’architecture, la position des personnages, la répartition des volumes répondraient à des critères spécifiques d’une époque.

Une fois décortiquées les annonciations ou les crucifixions italiennes, allemandes ou flamandes, il deviendrait alors envisageable de créer de nouvelles peintures du XVe, XVIe, XVIIe…

Imaginons ce que l’on veut. »

– En savoir plus sur l’auteur de l’article : Thierry Lahontâa –

– Découvrir l’ARTWoK

« L’expérience de l’auditeur est un assemblage de diverses réponses qui se forment comme le propre assemblage du compositeur se déroule dans le temps. En un sens au moins, l’auditeur est également compositeur. »

Arnold Whittal

Kenma Shindo 1
« Lorsque Renaud Garcia m’a contacté pour le projet Wok, son intention était d’appliquer son principe au domaine sonore. J’ai très vite été interpellé par la quantité de problématiques fondamentales qu’il soulevait que ce soit au niveau compositionnel, musicologique ou psycho acoustique.

De nombreuses recherches en tout temps ont été menées sur la question de la perception en musique, mais l’évidence de la démarche et le caractère scientifique de ce projet m’ont tout de suite convaincu de sa pertinence.

Le but ici n’est pas de faire une liste exhaustive de tous les axes de réflexion que nous ouvre cette machine mais d’en donner les grandes lignes, chacune pouvant être développé bien plus longuement.

Peut-on réellement parler de composition dans le WOK ? Tous les dictionnaires s’accordent à définir la composition comme l’action de composer mais aussi comme le résultat de cette action.

Il semblerait que nous avons là un début de réponse.

Cependant, peut-on considérer qu’un utilisateur opérant des choix sensoriels sans avoir la moindre notion de solfège ou d’harmonie est effectivement en train de composer ? La réponse négative des musicologues nous paraît évidente.

Pourtant nous pouvons trouver des traces chez certains d’une opinion différente. Par exemple, Arnold Whittall déjà cité émet une constatation qui va dans ce sens et même parmi les « maîtres » de la musique « savante », nous pouvons trouver des affirmations qui vont en sens inverse de ce qu’on pourrait attendre.

On peut par exemple citer Schoenberg lorsqu’il affirme que le « le maître compose avec ses sens » ou bien encore rappeler la méthode de composition aléatoire qu’avait mise au point Mozart.

Cependant, il n’y a pas d’aléatoire dans le WOK. Tout est sensation. La différence fondamentale avec le système de Mozart est dans la répartition des niveaux de compositions et le choix des matériaux musicaux déployés.

L’utilisateur qui ne fait que jouer ne crée pas les structures musicales qu’il sollicite.

Ce sont d’autres utilisateurs plus expérimentés qui les mettent au point et qui sont donc responsables de ce qu’on appelle en musique, la forme.

En ce qui co

ncerne le matériel sonore, c’est l’ensemble de la communauté qui le constitue.

Nous voyons donc l’acte de composition se diviser en différents niveaux auxquels il faut ajouter l’étape de notation du matériau par l’ensemble des intervenants.

Il n’existe pas de hiérarchie dans l’importance de ces niveaux et sans l’intervention de l’« utilisateur – joueur », l’ensemble de ces niveaux de composition n’existe que sous forme de potentialités.

Il paraît clair que nous sommes en présence de « compositions composites » créées collectivement et successivement.

De plus, une édition continue au plus proche de l’instantanéité des choix des utilisateurs sous forme de partitions appropriées étant envisageables, cela ouvre la voie à des performances faisant intervenir un niveau supplémentaire dans le processus de l’œuvre, les interprètes.

Il peut être aussi utilisé dans le cadre de performances artistiques croisées avec le domaine du texte et de l’image. Les utilisateurs qui interviendraient en tant que « notateurs » dans ce type de montages pourraient ainsi soit projeter collectivement leurs attentes sensorielles de l’effet procuré par l’œuvre représentée ; soit indirectement provoquer la création simultanée d’une œuvre de nature différente (performance picturale, textuelle ou musicale) en fonction de leurs réactions à une œuvre d’une certaine nature.

On peut bien évidemment imaginer des montages à enchevêtrements plus multiples, véritables métaphores de ce qu’est le WOK dans son essence.

Dans son fonctionnement, il promeut l’auditeur au rang de citoyen de l’Etat musique grâce aux moyens de communication de masse.

Ressort alors un point qui m’est particulièrement cher : la démocratisation de la musique.

Dégagée de son allégeance à l’Église, la musique a parcouru son chemin qui l’a menée vers l’expression de sentiments propres au compositeur.

Le WOK contient dans son projet une volonté d’un nouveau  déplacement, cette fois vers l’expression des sentiments de l’utilisateur et donc de l’auditeur, tout en opérant une remise en question forte du rôle central du compositeur dans la musique occidentale (ce n’est pas le cas pour la grande majorité des musiques dites traditionnelles ou folkloriques).

Ici, c’est l’intégralité du processus compositionnel qui est éclaté et réparti sur différents niveaux sans hiérarchie.

Kenma Shindo 2

Le WOK contient selon moi une philosophie et une conception de la musique qui est participative et tout à fait neuve.

Le WOK n’est pourtant pas la première « machine à composer » (On pense notamment aux expériences de Guttman et Matthews).

Son originalité repose cependant sur l’absence d’aléatoire dans son mécanisme contrairement aux expériences déjà citées.

Il ne s’agit pas d’une usine à musique mais d’un outil permettant d’aider l’homme à créer une œuvre au plus proche de ses attentes sensorielles ou  affectives.

A ce point là, les utilisations en musicothérapie se dessinent clairement devant nous, cette machine pouvant nous permettre d’individualiser l’ « univers perceptif sonore » de chacun, sans oublier qu’il est en perpétuel relation avec des données graphiques et langagières. On peut imaginer obtenir des données plus larges qui relèvent de l’ « univers sémantique » individuel.

Au-delà de toutes ces considérations théoriques, le WOK reste un formidable paradoxe actuel quand, utilisant le développement des technologies humaines, il permet la manifestation d’une forme de magie, quand en collectivisant au maximum l’acte de création, il permet de créer des œuvres d’une profonde intimité.

– En savoir plus sur l’auteur de l’article : Kenma Shindo –